De toutes les villes marocaines qu'on pourrait choisir pour des vacances avec enfants, Essaouira est probablement la plus simple. Pas parce qu'elle est aménagée pour les familles (elle ne l'est pas, vraiment), mais parce qu'elle a, par sa nature même, à peu près tout ce dont une famille a besoin pour respirer pendant une semaine.

Ce qu'on entend par là : une médina entièrement piétonne, donc pas de stress de circulation. Une plage longue et plate à dix minutes à pied de tout. Un climat qui ne saturne pas (jamais 40°C, jamais 5°C). Une ambiance détendue où les enfants ne sont pas perçus comme des nuisibles dans les cafés et restaurants — au contraire. Et une taille de ville qui permet de se repérer en deux jours, sans GPS, sans plan.

Enfants à la piscine d'une villa en location près d'Essaouira
Les enfants à la piscine de la villa, fin d'après-midi. Quand le vent souffle, c'est ici qu'on est bien.

Pourquoi Essaouira marche bien avec des enfants

Trois raisons concrètes. La première, la plus pratique : la médina est interdite aux voitures. Aucune. Pas de scooters non plus la plupart du temps (quelques-uns en livraison, rares). C'est l'une des seules villes marocaines qu'on peut traverser à pied avec un enfant de quatre ans qui marche tout seul, sans tenir la main toutes les trente secondes. Pour les parents qui connaissent le stress de la médina de Marrakech ou de Fès avec des petits, le contraste est immédiat.

La deuxième raison : la plage. Vaste, plate, accessible. À marée basse elle découvre plusieurs centaines de mètres de sable doux où les enfants peuvent courir, faire du château, ramasser des coquillages, monter à dos d'âne ou à dos de dromadaire (oui, il y en a, on y revient plus bas). Aucun rocher dangereux, peu de courant le matin. La baignade demande de la surveillance comme partout, mais l'eau reste praticable.

Troisième raison : les Marocains adorent les enfants, et ça se voit. Dans les restaurants, dans les boutiques, dans les cafés, votre enfant sera salué, parfois pincé sur la joue (oui, ça arrive encore), souvent gratifié d'une madeleine ou d'une orange offerte. C'est une culture où les enfants existent, sont visibles, et où on parle avec eux, pas autour d'eux.

La médina avec des enfants

La médina d'Essaouira est nettement plus simple à vivre que celles de Marrakech ou Fès. Plus petite, plus claire (rues blanches et bleues), plus rectiligne (héritage du plan portugais du 18e siècle). On ne s'y perd pratiquement pas. Les ruelles principales sont assez larges pour deux poussettes côte à côte. Les souks sont concentrés sur quelques rues bien identifiées, le reste de la médina est résidentiel et tranquille.

Quelques pièges quand même. Les pavés sont irréguliers : prévoir une poussette robuste à grosses roues, ou un porte-bébé pour les moins de deux ans. Certaines ruelles ont des marches surprises. Et il y a beaucoup d'escaliers dans les maisons traditionnelles, point d'attention si vous logez dans la médina.

Avec des enfants plus grands (à partir de six ou sept ans), explorer la médina devient un jeu. Les chats sont partout (Essaouira est une ville à chats, on en croise des dizaines par balade), les ateliers d'artisans sont accessibles et accueillants, le port de pêche fascine. Les bateaux bleus, les pêcheurs qui ramendent leurs filets, les goélands, c'est un spectacle vivant tous les matins.

La plage et le vent — l'organisation

La plage centrale d'Essaouira s'étend sur plusieurs kilomètres vers le sud. Elle est surveillée en juillet-août sur la partie nord, près de la ville. Le sable est fin, doré, avec une légère pente régulière vers l'eau. C'est une plage parfaite pour les petits, à condition de comprendre comment elle fonctionne dans la journée.

Le vent change tout. Le matin, jusqu'à 11h-midi, c'est calme. C'est le créneau pour la baignade, la sieste de plage, les jeux dans le sable. À partir de 14h en été, le vent s'installe à 30-40 km/h. La plage devient inconfortable pour rester assis (le sable arrive horizontalement et pique), mais elle reste superbe pour marcher, courir, faire voler un cerf-volant. Les enfants adorent souvent cette ambiance électrique, plus que les adultes.

La solution pratique pour les familles avec petits : plage le matin, déjeuner en ville, sieste à l'intérieur (à la maison ou à l'hôtel) entre 14h et 16h, sortie en fin d'après-midi. C'est aussi globalement le rythme local. Personne à Essaouira ne reste sur la plage à 15h en juillet.

Les activités enfants qui valent le coup

Quelques options testées qui marchent bien selon l'âge :

Balade à dos d'âne ou de dromadaire sur la plage — disponible tous les jours, surtout l'après-midi à partir de 16h. Compter 100 à 150 dirhams pour une balade de 20 à 30 minutes. Les bêtes sont en général bien tenues, mais demander à voir l'animal avant et négocier la durée à l'avance. Très grand classique, les enfants ne s'en lassent pas.

Cours de surf ou de bodyboard — plusieurs écoles à Essaouira et à Sidi Kaouki proposent des cours pour enfants à partir de 6 ans. Compter 200 à 300 dirhams l'heure de cours collectif. Ocean Vagabond et Explora sont les références. À Sidi Kaouki, plusieurs écoles plus petites et moins chères.

Hammam en famille — il existe des hammams privés (différents des hammams traditionnels collectifs) qu'on peut réserver pour une famille ou un petit groupe. Très bonne expérience à partir de 7-8 ans (les plus petits trouvent souvent la chaleur fatigante). Compter 250 à 400 dirhams par adulte avec gommage, généralement gratuit pour les moins de 12 ans.

Visite des bateaux du port — gratuit, à faire un matin tôt vers 9h ou 10h quand les pêcheurs sont là. Beaucoup acceptent qu'on monte sur leur barque pour quelques minutes (un petit pourboire est apprécié). C'est l'une des activités les plus simples et les plus mémorables.

Atelier de marqueterie en bois de thuya — quelques artisans dans la médina acceptent que les enfants viennent voir le travail et essaient parfois eux-mêmes pendant 10 minutes. Demander gentiment, l'accueil est souvent généreux.

Balade en famille dans les ruelles de la médina d'Essaouira
Médina en fin de matinée, avant la chaleur et avant que les terrasses ne se remplissent.

Loger en famille : villa, riad, hôtel ?

Pour une famille, le choix se résume souvent à deux options : un riad dans la médina, ou une villa en périphérie. Chacun a sa logique.

Un riad dans la médina permet de tout faire à pied et d'être immergé dans l'ambiance d'Essaouira. Les enfants adorent les patios intérieurs, les terrasses sur le toit, les escaliers qui n'en finissent pas. Mais : les chambres peuvent être petites, le bruit du voisinage est parfois présent, et beaucoup de riads ne sont pas adaptés aux poussettes (entrées étroites, marches dès l'entrée). Pour deux enfants en âge de marcher, c'est jouable et même charmant. Pour un nourrisson et un enfant de 3 ans, c'est sportif. La Maison Médina propose ce format en version moderne, avec trois chambres, terrasse sur le toit et vue océan.

Une villa en périphérie, à l'opposé, demande une voiture mais offre tout l'inverse : piscine privée, jardin, plusieurs salles de bains, espace pour courir, cuisine pour préparer les repas selon les horaires des enfants. C'est particulièrement adapté aux familles élargies (cousins, grands-parents) ou aux groupes de plusieurs familles ensemble. La Thuya House est dans cette logique : cinq chambres, piscine chauffée, terrain de padel pour les ados, dix voyageurs maximum, à quinze minutes du centre.

Le choix dépend de l'âge des enfants et de la durée. Pour trois nuits ou moins, le riad gagne : tout à pied, immersion totale. Pour cinq nuits ou plus avec de jeunes enfants, la villa devient un confort difficile à refuser.

Sur la santé et l'organisation

Quelques éléments concrets souvent demandés :

L'eau du robinet n'est pas recommandée pour la consommation, eau en bouteille pour boire et brosser les dents les premiers jours. Les pharmacies sont nombreuses et bien fournies, plusieurs sont ouvertes le soir et le dimanche (rotation des gardes). Le centre médical d'Essaouira est correct pour les urgences classiques, l'hôpital Sidi Mohammed Ben Abdellah accueille les cas plus graves. Pour des soins complexes, Marrakech ou Casablanca restent les références.

Aucune vaccination spécifique n'est obligatoire pour le Maroc. Prévoir une pharmacie de voyage de base : doliprane, désinfectant, anti-diarrhéique, crème solaire haute protection (le vent fait oublier qu'on brûle), répulsif léger contre les moustiques (rare mais existant en été).

Pour les couches et le lait infantile, les supermarchés du centre (Marjane Holding, Carrefour Market) sont bien achalandés. Les marques européennes courantes sont disponibles, à prix légèrement supérieurs aux prix européens.

Quand y aller en famille

Avril, mai, début juin, septembre, et début octobre. C'est aussi la période qu'on recommande pour à peu près tout le monde, mais avec des enfants c'est presque obligé : températures douces, vent gérable, eau encore acceptable, ville pas saturée. L'été (juillet-août) reste possible mais demande de s'organiser autour du vent et de la foule. L'hiver est très praticable avec des enfants plus grands qui aiment marcher dans les ruelles vides, moins pratique avec des nourrissons qui ne supportent pas le froid relatif (10-12°C la nuit).

Voir notre guide saisonnier pour le détail mois par mois.

Une dernière chose, pas pratique mais réelle : Essaouira ralentit. Les premières heures sur place, les enfants peuvent être désorientés par le manque d'activités cadrées. Ce n'est pas un parc à thème, ce n'est pas une ville organisée pour le tourisme familial. Mais en deux ou trois jours, ils s'y font. Et souvent, ils s'y attachent autant que les parents.